Se faire voler

Dans un précédent article je m'interrogeais sur les raisons de ne pas avoir envie de faire des trucs sous licence libre. Et ben maintenant je m'interroge sur les gens qui font des trucs sous licence libre (ou pas forcément, d'ailleurs) et qui ont peur de se le faire piquer.

Deux récentes « histoires » que je trouve personnellement intéressantes m'ont fait m'interroger de la sorte.

La première histoire, c'est celle du logiciel [Bouml], abandonné par son auteur parce que les vilains gens de wikipédia ils utilisent le logo du projet, alors qu'il a précisé quelque part qu'il ne souhaitait pas que le logo soit utilisé sur Wikipédia. Outre le fait que vouloir interdire l'utilisation de son logo est stupide, je trouve que le fait d'arrêter de développer un logiciel juste à cause de ça l’est encore plus. Je trouve que ça fait très CE2, comme réponse (pardon à nos amis CE2 qui visiteraient par hasard ce blog, mais j'aime bien comparer les gens qui ont une attitude profondément puérile à des CE2 (ou CE1). Sans vouloir vous offenser !). Un peu comme l'enfant qui arrête de respirer jusqu'à devenir tout rouge si on lui achète pas le tractopelle vert. Sans vouloir être désagréable envers son auteur, (qui par ailleurs a sûrement fait un très bon logiciel et tout et tout (même si l'UML c'est quand même vachement chiant…)) je trouve que cette histoire est profondément ridicule (sans parler des annonces dans les news du projet)

La seconde histoire, c'est celle de Benjamin, créateur d'un projet de traduction de magazine parlant d'Ubuntu, qui a accordé le rôle d'administrateur a quelqu'un qui lui proposait de l'héberger sur son serveur, et qui s'en est allé pendant un certain moment, pour découvrir à son retour quela personne lui avait retiré tous les droits sur le serveur, et refusait de les lui rendre (le topic où ça se passe, c'est ici). Même si je prends pas mal de plaisir à découvrir cette histoire (ouais, j’aime bien quand les gens se disputent), ce n'est pas vraiment ça qui m'interpelle ici (même si, effectivement, j'ai vraiment du mal à piger comment on peut refuser les droits d'administration à celui qui a créé le projet.). Non en fait ce qui m'a le plus interpelé, c'est le billet écrit par la copine de Benjamin. On peut y lire qu'elle a décidé d'abandonner Gnu/Linux en faveur de Windows 7 à cause d'une bête histoire de soucis matériel, et à cause du fait que l'histoire sus-résumée l'a dégoûtée du « monde du Libre » (vous savez, le Monde avec des licences Libres partout). Elle se rend compte que dans ce Monde il y a aussi (et oui !) « des gens malsains et imbus d'eux-mêmes » (Oh ! Grande nouvelle ! Qui l'eût cru ?). Ben ouais, y'a des vilains, comme partout, mais ça on le sait déjà. Mais elle part ensuite de cette réflexion pour annoncer qu'elle est contre le fait que tout soit Libre et qu'elle considère que tout doit être « protégé » contre le « vol ». Hop, quelques citations :

Souvent, quand Benjamin avait un projet et qu'il écrivait pleins de trucs compliqués pour aller avec, ça partait sur la toile. Je lui demandais toujours « mais tu n'as pas peur qu'on te vole ton travail, qu'on se l'approprie, que tu ais fait tout ça pour rien ? Qu'un jour un abruti se considère comme l'auteur d'une création libre géniale sur laquelle tu y as passé des jours et des jours ? ».
« non, c'est ça le libre, tu prends le risque constamment[…]
A mes yeux, tout travail doit être protégé !
je ne me vois pas créer quelque chose, me le voir piquer par un autre et dire en haussant les épaules « ah ben ça, c'est le risque du libre ».
Quand tu parle de libre « qui prend des risque », tu parle de licence type apache et BSD. C'est une partie des licence mais ça ne représente pas la majorité. Une licence comme la GPL ou la CECIL A protège la création du vol

Et c'est là que je tique, en fait.

Voler quoi ? Se faire piquer quoi ? Quel risque ? Protéger contre quoi ? Moi qui pensais que l'idée du logiciel Libre avait été imaginée afin de protéger l'utilisateur des logiciels (contre de mauvaises intentions ou des erreurs des créateurs du logiciel), de permettre à l'utilisateur de partager ce logiciel avec ses amis, bref d'accorder des libertés plutôt essentielles à l'utilisateur. Et ben en fait non, il parait qu'il faut aussi que l'œuvre soit protégée. Il parait qu'une œuvre peut souffrir (quand on la vole, ou quand on met son nom dessus alors qu'on l'a même pas créée).Ici on rejoint mon précédent billet : pourquoi avoir la bonté de bien vouloir que les gens se refilent une œuvre qu'on a créée sans avoir de compte à rendre mais craindre quand même que quelqu'un nous la « vole ». À ma connaissance, ce qui est génant dans le fait de voler, c'est que la personne volée se voit dépossédée de son bien, mais ce n'est pas que le voleur soit en possession d'une chose pour laquelle il n'aurait rien fait (personnellement, que des gens cagoulés se trouvent en possession d'une baguette de pain qu'ils n'ont pas payée, j’m'en fiche pas mal, par contre je trouve ça génant que la boulangère se retrouve avec une baguette en moins). Donc en quoi le fait quelqu'un « s'approprie » une œuvre qui ne lui appartient pas est si génant que ça ?

Pour revenir à l'histoire de Bouml : oui, l'image devrait être virée de Wikipédia (rien que parce qu'elle est moche, hihi), mais je suis choqué par le fait que l'auteur trouve ça suffisament grave pour abandonner le développement du logiciel (qui est quand même un plutôt gros truc d'après ce que j'ai compris), comme si le fait que quelqu'un d'autre (ici Wikipédia) utilise son logo pouvait causer du tort à qui que ce soit…

Ah oui, aussi, monsieur Plusmalinquelesautres va venir me rétorquer que « s'approprier l'œuvre de quelqu'un en faisant croire qu'on en est l'auteur est illégal (en France) ». Bien vu Manu¹, mais là j'parle pas de ce que la loi dit, mais de mon opinion sur ces histoires.

Au final, pas grand chose à voir entre l'histoire de Benjamin et ce que j'avaisenvie de raconter, mais ce sont les réactions autour de ce sujet qui m'ont particulièrement intéressé. (Bon, quand je vois que le statut de Benjamin sur son forum est « Banni », ça me rappelle par exemple mon interrogation sur la soif de pouvoir des gens (vous savez, les admins sur IRC[9], là), quand même).

Je terminerai sur une citation (pour plagier (VOLER ?) notre ami belge à lunettes) (mais pas d'image) tirée des commentaires du billet d'Élodie

Règle n°8 : l'amitié c'est sacré

notes:

¹: Pour la rime, j'avais aussi songé à « Romu », « Vieux Barbu », « Le Poilu »

et « Robert Hu ».